Peindre la peinture ou figurer l’abstraction place Florian Schmidt dans une position d’observateur singulier, une documentariste de soi-même. Le vocabulaire des Avant-Gardes qu’il utilise possède un pouvoir propre, leurs tensions d’abstraction et de perspective demandent à se réaliser en pièces. En tentant de suivre et d’englober leurs conséquences, Florian Schmidt en vient à pratiquer une économie du recyclage. En 2008, les outils de l’Avant-Garde ont perdu de leur pouvoir intimidant et prescriptif. Les toiles sont repeintes, cousues entre elles, donnent lieu à des sculptures, qui se cannibalisent entre elles. Le
modernisme devient un générateur infini de possibilités, un écosystème personnel.
La multiplication des repeints sur ses peintures leur donne un aspect crépusculaire, comme si elles avaient déjà vieilli. On ne peut également s’empêcher de penser aux études des remords aux rayons X pratiqués sur les peintures anciennes. Si Florian Schmidt utilise généralement les matériaux qu’il considère les plus neutres possible, intemporels, comme la toile, l’acrylique, le plâtre ou la laine, il dessine aussi en se servant de graphites « d’époque », récupérées. L’idée de neutralité manipulatrice se voit redoublée par un goût du détail, fourmillant. Dans ce foisonnement et cette fragilité, cette
discipline mettant volontairement à l’écart les recettes efficaces, Florian Schmidt retrouve également une matrice proprement européenne. Rétroactivement, dégagé des impératifs dogmatiques de l’époque et des simplifications historiques, la naissance de l’art moderne peut se considérer comme un lieu de possibilités alternatives. Et si…